Switch Collective

par Grégoire Boutin 26.04.18

Lancée fin 2015, Switch Collective est une startup qui veut aider les individus à redonner un sens à leur job. Ses deux co-fondatrices, Clara et Béa, sont parties de constats simples et largement partagés : 91% des salariés français sont désengagés dans leur job, 9 embauches sur 10 se font en intérim ou en CDD, plus de 600 nouveaux indépendants par jour, plus de 50% des jobs tels qu’ils existent ne seront plus là dans 10 ans… Fortes de cette analyse, elles ont créé Switch Collective afin d’aider les individus à ‘faire le bilan calmement’ (NDLR : nom de leur programme pour apprendre à switcher) pour envisager sereinement leur propre Switch. Elles répondent ici à nos questions :

A quel point les compétences (techniques et transverses) sont-elles importantes pour le Switch?

Pour apprendre aux gens à switcher, on leur apprend davantage à arrêter de raisonner en termes de CV, de diplômes, de titres de jobs ou d’expériences mais plutôt à raisonner en termes d’aptitudes. La différence pour nous entre aptitudes et compétences c’est qu’on leur demande des compétences extrapôlables à d’autres métiers (en vue de sortir d’un jargon trop professionnel ou trop technique), et d’appréhender ainsi ce qui peut être réutilisable dans d’autres expériences ou situations. Un exemple : si tu as 18/20 en philo, t’es très fort en philo, c’est super, mais surtout cela signifie que tu es fort en abstraction, en conceptualisation, en pouvoir de synthèse etc. Le but est de ne pas s’enfermer dans des compétences trop métier ou trop sectorielles mais plutôt de rendre ça plus ouvert et tourné vers l’extérieur (il faut ouvrir les horizons).

Quel est le constat de départ qui a amené à l'idée de Switch Collective?

A la base, c’est une aventure née de nos histoires personnelles parce que Béa avait travaillé en conseil, en grands groupes, en agence de communication mais à chaque fois elle se trouvait dans des jobs auxquels elle n’arrivait pas à donner de sens ; idem pour moi : grands groupes puis passage dans le secteur public avec mon rôle dans l’aide à la création de la French Tech mais malgré cela je faisais encore face à un certain nombre de lourdeurs liées à l’administration donc je gardais en moi cette quête de sens. Sur les 2 dernières années, on a vu une vraie vague (91% des salariés français sont désengagés dans leur job). Redonner du sens au travail est vraiment devenu une mission d’intérêt public ; plus de 50% des métiers auront disparu d’ici 2030 : il y a véritablement une obsolescence accélérée des métiers. D’où notre conclusion : il faut apprendre aux gens à switcher parce qu’on ne nous a jamais appris à le faire !

Quels ont été les principaux éléments positifs et faciles et a contrario vos moments les plus durs dans votre aventure de startup?

Les éléments positifs : la création et lancement de Switch, mettre sur pied la boite, le concept parce que ça correspondait à nos compétences !

Les expériences les plus dures : la structuration, la gestion de management, le fait de scaler Switch, de recruter (surtout dans une organisation jeune, instable et mouvante) : le plus dur c’est de bien cerner les compétences dont on a besoin !

Votre plus grande joie?

Sans aucun doute la toute 1ère promo de ‘fais le bilan calmement’, avec 30 personnes que nous ne connaissions pas au préalable qui ont passé des heures avec nous pour nous donner ensuite des feedbacks extrêmement positifs (comme ‘il y a un avant et un après Switch dans ma vie’).

Votre plus grande déception?

Passer par des vraies déceptions en recrutement – des déceptions humaines parce que même si on adorait les gens, on était déçues de nous être trompées sur le mauvais alignement des désirs et intérêts et nous nous en voulions de n’avoir pas anticipé l’erreur.

Deux-trois cas précis de switch que vous avez suscités et où vous vous dites 'c’est top quand même'!

Nicolas, promo 2 de ‘fais le bilan calmement’, ingénieur dans une grande entreprise industrielle française : après Switch il a monté un projet pour créer son propre bar qu’il a ouvert à Bastille il y a un an (il est très heureux aujourd’hui). Il a construit ça à son rythme (avec une expérience préalable dans un bar auprès d’un patron afin d’apprendre le métier).

Thomas, ingénieur qualité dans une entreprise industrielle, a découvert qu’il n’avait pas besoin de tout jeter à la poubelle mais s’est mis dans une démarche proactive et est maintenant en charge de la transformation digitale de son groupe (un job qu’il s’est créé lui-même).

Noémie, elle, s’est rendue compte que sa situation professionnelle était somme toute assez avantageuse mais a lancé un projet perso en parallèle (en créant un cercle de réflexions pour les femmes) ; le fait d’avoir un projet personnel en parallèle a redonné un sens à ce qu’elle fait au quotidien.

La question qu'on ne pose jamais en interview et que vous aimeriez que je vous pose ?

‘Est-ce que tu te sens à ta place aujourd’hui dans ce projet que tu as créé ?’ Ma réponse : les démarches entrepreneuriales ne coulent pas de source contrairement à ce qu’on pourrait croire. A chaque étape on change de métier, d’organisation et on n’est pas toujours en ligne avec chacune de ses phases mais ça pose de vraies questions sur comment ne pas s’épuiser sur des choses où on a moins d’impact et où on ressort vidée parce qu’on s’est oubliée en tant que personne (le porteur doit se nourrir du projet, souvent c’est l’inverse qui peut se produire dans ce genre de phases).

Votre vision de Switch dans 5 ans?

Une large communauté de switchers et futurs switchers en France et à l’étranger qui trouvent chez Switch une puissante communauté d’entre-aide et tout un éco système de formations et produits qui peuvent les accompagner dans leur transition et la structuration de leur parcours (comme une école hors les murs de la construction de son parcours)

Votre vision du monde du travail dans 10 ans?

Je ne pense pas que tout le monde sera freelance ou entrepreneurs même s’il y aura une augmentation de gens qui cumulent plusieurs jobs ; je ne crois pas à la disparition du salariat et je ne pense pas que cela soit souhaitable mais je crois davantage à une évolution et à une transformation du monde du travail. Pour moi, le principal enjeu, c’est de comprendre comment créer un monde du travail plus ouvert, plus poreux, avec des organisations plus ouvertes sur les gens qui cumulent plusieurs missions (dans mon entreprise mais aussi dans d’autres organisations). Le but c’est que chacun trouve un métier plus sur mesure

Pour vous le 'Lifelong Learning' c'est?...

Pour nous le Switch c’est le ‘lifelong learning’ ! Il faut être capable d’évoluer, de se développer, de tester et d’augmenter ses compétences (techniques ou transverses). Si on n’est pas dans cette démarche, votre index d’employabilité n’est pas au top ! Et ça, ça s’apprend, ça s’encadre.

La startup dans votre domaine (ou proche) que vous admirez le plus?

Ca n’est pas vraiment une startup mais je dirais The Family. Avec notre histoire et ce qu’on y a appris, ça me paraît évident. Sur la manière dont ils font les choses, c’est sans doute d’eux qu’on a le plus appris. Un autre modèle qu’on apprécie : le wagon.

Votre principale source d'inspiration?

On se nourrit énormément en matière de contenu sur le Net et les réseaux sociaux mais aussi et surtout auprès des gens qu’on côtoie, de notre communauté, du dialogue avec les membres de Switch.

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